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LA DÉMARCHE D'ACCOMPAGNEMENT. Que pouvez-vous en attendre ?

Dernière mise à jour : 18 sept. 2021




“Quelque chose ne va pas comme il faudrait.” “Ça coince dans ma vie.” “Que faire enfin ?”

Ce ressenti, clair ou confus, motive souvent une demande d'accompagnement. Malgré le malaise qu'elle génère, cette perception est néanmoins une sorte de lueur qui permet de poser le doigt sur un aspect fondamental :


“Le décalage perçu entre ce que je vis et ce que je souhaiterais vivre.”

La discordance entre ce que je semble être, et ce que je suis vraiment … en profondeur.”


À ce stade, il est important d'amener de la clarté sur ces interrogations. Et cela revient essentiellement à résoudre trois grands types de questions :


Tout d'abord, à quel niveau se situe le déphasage que je perçois ?

Mon environnement ? Mes conduites ? Mes capacités ? Mes croyances ? Mon identité ? Le sens de ma vie ? En d'autres termes : “Où se situe ma demande et ce que j'aimerais solutionner ?”


Ensuite, ces niveaux ont-ils un lien entre eux ? “Ma problématique se situe-t-elle sur le plan où je pense pouvoir la trouver ?” “Que vais-je devoir apprendre sur moi, les autres, le monde, que je n'avais peut-être pas envisagé jusqu'ici ?” “Où cela va-t-il me mener ?”


Enfin, comment puis-je répondre à mes doutes : “Vers qui ou vers quoi me tourner ?” “Comment faire confiance à un processus ou à une personne dont j'ignore tout ?”


Mes chers lecteurs, aujourd'hui, je n'ai pas d'autre objectif que d'apporter des éléments de réponse à ces questions qui vous assaillent peut-être.

Je vous propose de découvrir tout cela ensemble.



1 - LA QUESTION DE MA DEMANDE : “QUE SE PASSE-T-IL EN MOI ET OÙ CELA SE PRODUIT-IL DANS MA VIE ?”


Commencer à y voir plus clair avec les “Niveaux Logiques”.


Le modèle des Niveaux logiques n'est qu'une approche parmi d'autres possibles. Cependant, c'est celle qui s'impose à moi, aujourd'hui. Elle me semble parfaite pour poser un cadre de départ à nos réflexions. Ce modèle fut mis en forme dans les années 70 par Robert Dilts. Bien que dérivant des travaux que son mentor, l'éminent psychologue Gregory Bateson, avait mené sur les niveaux d'apprentissage vingt années auparavant, c'est Dilts qui confère à ce modèle toute ses lettres de noblesse ; tant dans le cadre de la Programmation Neuro Linguistique (PNL) que du point de vue de son potentiel de changement personnel. Aujourd'hui, il nous aidera à développer notre propos.

Observons tout cela de plus près !


Concrètement, à quoi cela peut-il servir ?

Cette modélisation révèle que, face à une problématique déterminée, notre cerveau est fonctionnellement structuré selon un ensemble de processus qui s'organisent et interagissent, hiérarchiquement et par niveaux. Chaque type d'information qui constitue la problématique est géré à un niveau différent.

Les niveaux que retient le modèle ainsi que les relations qui les unissent, peuvent être résumés dans la phrase suivante :


Je (niveau de l'IDENTITÉ) décide, en fonction des CROYANCES et VALEURS qui sont les miennes, de mettre en œuvre mes CONNAISSANCES/COMPÉTENCES, afin d'ajuster mes COMPORTEMENTS/ATTITUDES aux variations et aléas de mon ENVIRONNEMENT.

Et il n'est pas exclus qu'à travers cette décision qui viendrait nourrir mon identité, je participe alors à quelque chose de plus grand que moi (au niveau plus spirituel de la MISSION de vie).


Le schéma suivant met en relief la hiérarchie des niveaux ainsi que les questions auxquelles répondent chacun d'entre eux :



Au final, le modèle permet d'appréhender ladite problématique aussi bien dans ses aspects spécifiques que dans sa globalité.

C'est pourquoi, il permet également d'orienter l'intervention ou l'accompagnement sur l'aspect précis de la problématique qui rend le changement difficile, ou bien sur lequel le client centre sa demande.



“Chaque niveau fonctionne en intégrant et en agissant sur le niveau qui est juste en dessous, Une concentration de changements ou d'activités à un niveau donné va aussi influencer le niveau au-dessus.”

Robert Dilts.



Mais quoi de mieux qu'un exemple concret ?

“J'ai d'énormes difficultés à jouer parfaitement du piano ; chose extrêmement importante pour moi.

Cela peut venir de l'environnement : Le piano peut être en mauvais état ou les partitions illisibles.

Ou bien ma technique de frappe sur les touches est inadaptée : Mon comportement est alors en jeu.

Peut-être ai-je du mal à coordonner mes doigts dans le bon ordre : Mes capacités sont concernées.

Je peux être amené à croire que, malgré mon vif désir, la musique n'est pas pour moi : Croyances.

Ou alors, il me faut admettre que, malgré la charge de travail, la musique est en moi : Identité.

Enfin, il se peut que je découvre que la musique s'apparente à un appel puissant qui me dépasse.”


À travers cet exemple inspiré par R. Dilts, nous nous rendons compte de plusieurs faits importants :


D'une part, ce modèle nous permet de cerner le niveau où se situe exactement la problématique afin d'y centrer le travail à effectuer en vue d'un changement. Ainsi, “si ma difficulté est liée au mauvais état de mon instrument et que mon objectif n'est pas affecté par les niveaux situés au-dessus des facteurs environnementaux, rien ne sert de me forcer à doubler mon temps de travail ou à me convaincre que je suis absolument fait pour la musique. Il suffira de me donner les moyens d'acquérir un instrument adapté à mes besoins, ou de faire réparer celui que je possède déjà.”


D'autre part, nous voyons que chacun des niveaux inclut l'ensemble des niveaux qui lui sont inférieurs. De cette manière, si au décours d'un accompagnement, je passe de la vague intuition d'un fort attrait pour le piano à la conscience inébranlable que je suis né pour me produire devant des salles entières, ce qui apparaît alors comme un aspect essentiel de mon identité, voire de ma mission, m'amène à résoudre du même coup tous les aspects liés aux niveaux inférieurs avec une relative facilité. En effet, ni mes croyances ni mes capacités ne seront remises en question. De même, je ferai tout pour modeler mon environnement de façon à ce qu'il favorise totalement ma propre réalisation.


Ainsi, il nous est possible de cerner exactement le ou les aspects qui favorisent le problème, et de le ou les travailler au niveau où ils se situent. Voire, au niveau immédiatement supérieur. En effet, s'il est établi, lors de l'accompagnement, que mes difficultés au piano sont dues à la croyance que je n'ai aucune capacité pour cet instrument, rien ne sert de travailler le niveau inférieur en faisant des gammes jusqu'à plus d'heures. Cela ne serait qu'une vaine agitation. Il sera plus judicieux de travailler directement sur le niveau de la croyance ; et extrêmement pertinent d'aller fouiller en quoi la pratique correcte du piano peut servir l'identité, la réalisation, la réussite de vie … voire plus !


Finalement, il est essentiel de coupler le propre désir du client à l'analyse correcte du problème ainsi qu'à la prise en compte du niveau où il se situe. C'est par cette intime collaboration que les protagonistes (accompagnant et client) auront une vision conjointe des enjeux ainsi qu'une conscience beaucoup plus claire et efficiente des moyens à mettre en œuvre


La vision sans l'action n'est qu'un rêve ; et l'action sans vision est vaine et ennuyeuse.”

Robert Dilts.



Chacun s'arrête où il le désire …

À dire vrai, cette entrée en matière par les Niveaux Logiques n'était qu'une façon de mieux servir le propos du texte. L'endroit où je tenais à vous amener est la conscience du fait que chaque demande est personnelle, donc très difficilement modélisable.

Or, ce modèle est d'une extrême utilité dans la mesure où il ouvre sur un panel de techniques adaptées à chaque niveau. Mais en ce qui concerne l'humain, rien ne peut être aussi mécanique : “Un symptôme – Un problème – Un niveau logique – Une technique”.

En tant qu'accompagnant, il n'est aucunement question d'appliquer un schéma universel valant pour tout et pour tous. Pas plus qu'il n'est permis d'amener un client au-delà de ce qu'il désire pour lui-même. Et tout professionnel qui dérogerait à cette règle inviolable, commettrait une faute gravissime.

Il n'y a pas de demande plus “glorieuse” ou plus “légitime” qu'une autre.

Aucun objectif susceptible de susciter plus d'intérêt ou de respect qu'un autre.

Dans ce domaine, le client doit être parfaitement maître de sa demande et de son désir.

Cependant, mon expérience m'indique que, bien souvent, cette demande change. Sa formulation, son contenu, le niveau impliqué, varient au fil des séances et des prises de conscience.

Aussi est-il plus qu'utile … vital ! … d'insister sur le degré d'écoute que cela requiert chez tout professionnel de l'accompagnement.


“Le meilleur cadeau à offrir à une personne est la qualité de ton écoute.”

Robert Dilts.




2 - UNE DEMANDE QUI SE MODIFIE TOUJOURS … OU PRESQUE !


Tout se résume à une question de désir personnel …

Nous avons abordé ce point : Il n'est pas un processus d'accompagnement qui en reste au point de la demande qui l'a initiée. Ce fait, que j'ai toujours observé, amène à percevoir l'accompagnement comme une véritable aventure. Un chemin de découverte irremplaçable pour le guide et le guidé.


Qu'il s'agisse de conseil, de coaching, de thérapie, nous sommes face à une démarche qui mène un individu à remettre en question la vision d'une réalité en faveur d'une autre vision plus favorable que la précédente.


Cela peut sans doute rassurer ceux d'entre vous qui envisagent de faire appel à un “aidant”, mais face à un domaine qui reste encore assez hermétique pour beaucoup, je comprends que de nombreux doutes persistent.

Je vous propose de démêler les choses.



L'objectif d'un travail sur soi … Souvent variable.

En introduction, nous posions la question de savoir si les niveaux où pouvait être localisée l'origine d'une problématique avaient un lien entre eux ?


Avec le modèle des Niveaux Logiques, nous avons compris qu'une même problématique peut avoir une origine déterminée parmi tant d'autres possibles. Et qu'il convient d'en trouver la clé au niveau où elle s'est générée.

Cela ouvre des perspectives qui n'étaient pas soupçonnées au départ. D'où la variabilité de la demande.


En évoquant cela avec vous, il me vient à l'esprit l'exemple de cette jeune fille que j'ai eu l'immense chance de connaître comme patiente, et avec qui j'ai la joie de maintenir aujourd'hui un lien amical. Cette personne m'avait sollicité pour régler une situation conflictuelle en famille. Sa demande était alors très conventionnelle et concernait sa difficulté à se situer face à des parents qui “ne la comprenaient pas”.

Immédiatement, nous sommes tentés de situer l'origine de sa problématique au niveau de son environnement (Niveau 1). Les séances se succédant dans un mutisme difficile à percer, nous en venons inévitablement à monter peu à peu dans les niveaux. Ainsi, cette personne en vint-t-elle à soupçonner ses propres comportements (Niveau 2), relativement réactifs et particulièrement défensifs vis-à-vis de ses parents : “Si j'apprends à me calmer, sans doute pourrai-je contribuer à rendre l'ambiance et les rapports plus sereins.”

Effectivement, nous en serions restés là, au simple niveau de ses conduites, si la suite des évènements ne l'avait poussée à approfondir son propre raisonnement. C'est ainsi qu'avec une culpabilité assez prononcée, elle en vint à soupçonner sa propre capacité (Niveau 3) à garder son calme face à …

Son calme face à quoi ?

Ce fût toute la question.

L'intuition qui nous habitait, autant elle que moi, nous poussait à ne pas nous contenter de ces réponses primaires. La clé du problème résidait au-delà des trois premiers niveaux, mais il me fallait laisser venir les choses d'elles-mêmes. Les provoquer eut été une erreur.

Autrement dit, la source des querelles incessantes pourrait-elle se trouver dans un conflit de valeurs (Niveau 4), voire plus ?

C'est ce qui me fut confirmé lorsqu'en pleurs, elle m'avoua songer au pire après avoir crevé l'abcès qui la torturait. Ayant avoué son homosexualité à ses parents, elle s'était vu refuser l'accès au domicile familial.

Voilà qui confirmait une problématique identitaire (Niveau 5) bien éloignée des niveaux concernant le contexte, les attitudes ou les capacités à “rester calme”. Se focaliser sur ces premiers aspects n'aurait été qu'une solution illusoire et totalement fertile.


La reformulation de la demande était claire : “Comment choisir entre mon identité et l'amour de mes parents ?”

Dès lors, le travail pouvait être poursuivi sur des bases plus profondes, mais plus authentiques.


D'une part, il s'agissait de comprendre que ses difficultés relationnelles étaient le fruit de la culpabilité qu'elle projetait sur ses parents dont elle savait qu'ils n'accepteraient pas son orientation sexuelle. Elle leur reprochait de la rejeter avant même qu'ils n'aient conscience de la raison qui les pousseraient à le faire. Son coming-out spontané a permis d'assainir la situation malgré des apparences désastreuses au départ. Ses révélations étaient le signe qu'elle assumait son identité et s'en faisait responsable, coûte que coûte.


D'autre part, il allait s'agir de renforcer sa propre conviction identitaire en mettant l'accent sur le fait qu'un rejet définitif était peu probable. Il est, en effet, difficile d'imaginer que des parents s'obstinent à maintenir une posture de rejet pour un fait qu'ils considèrent condamnable … en dépit de l'amour.

L'avenir devait nous confirmer que l'amour ne peut être vaincu.

Au final, l'intervention débouche sur des relations familiales plus belles qu'elles ne l'ont jamais été.

Et les dernières nouvelles m'apprennent que cette personne s'est engagée activement dans la défense des jeunes homosexuels qui souffrent d'être stigmatisés et rejetés. Ni elle ni moi n'aurions pu nous attendre à ce que ce travail d'accompagnement pourrait la propulser vers une mission de vie insoupçonnée (Niveau 6).

Aujourd'hui, ses parents sont fiers d'elles … et de son engagement.


Cet exemple ne se contente pas de révéler à quel point une demande peut être reformulée en cours de travail ; il nous montre aussi dans quelle mesure nous pouvons être amenés à explorer des aspects insoupçonnés de notre vie … et de notre futur.


Cela implique aussi de savoir lâcher-prise sur le résultat. Guider le patient, c'est avant tout lui faire confiance, le laisser tracer son chemin … et l'accompagner là où son intuition le dirige.



“C’est parce que l’intuition est surhumaine qu’il faut la croire ; c’est parce qu’elle est mystérieuse qu’il faut l’écouter ; c’est parce qu’elle semble obscure qu’elle est lumineuse.”

Victor Hugo, Proses philosophiques.



Le processus d'accompagnement.

L'accompagnement, quelle que soit sa forme, est rendu nécessaire pour que, dans une situation inconfortable, un individu débute une remise en question de sa réalité actuelle.


Qu'il s'agisse de coaching, de conseil ou de psychothérapie, la tâche consiste à ôter les entraves à une vérité nécessaire, mais qui n'a pas encore été entrevue.

Ainsi, le but est d'aider à reconsidérer les fausses relations entre causes et effets par lesquelles le client s'attaque lui-même, afin de lui permettre d'abandonner le système qui l'emprisonne et à travers lequel il se maltraite …


Il est évident que l'accompagnant adaptera le choix des “techniques” et la profondeur du processus aux demandes variables du client. Et cette progression ouvrira des portes qui permettront d'envisager de nouvelles possibilités en cours de route …

Mais ces “techniques” ne sont que l'instrument de quelque chose de bien plus grand. Car le processus est infiniment plus qu'un simple moyen d'atteindre des objectifs a priori.

Il peut n'être que cela si c'est le souhait du client.

Mais il n'est pas rare qu'il s'avère être une véritable découverte au-delà de toute attente … une aventure qu'il n'avait peut-être pas prévue. Bien plus que le réveil d'une capacité à prendre ses propres décisions … Une authentique libération … Une quête au-delà de soi-même.


En introduction, nous faisions allusions aux types de questions qui pouvaient hanter l'esprit de l'aspirant au changement. Parmi elles, la plus récurrente : “Où cela va-t-il me mener ?”


J'espère qu'il est clair pour vous, au stade où nous en sommes, que l'accompagnant vous mènera aussi loin que vous êtes prêt à aller. C'est en cela que réside le plus absolu respect de notre client : dans la prise en compte de son propre désir naturel … tel qu'il le voit … et le découvre en chemin.

Au fond, c'est lui-même qui devra nous guider dans l'exercice de notre propre guidance.



“Si nous suivons la nature comme guide, jamais nous ne ferons fausse route.”

Cicéron, De Officiis.



Limites d'un processus … dont vous devez rester maître.

Vous l'avez compris, si le professionnel dirige le processus, la limite n'est autre que votre propre désir … sachant que ce que vous souhaitez reste susceptible d'évoluer en fonction d'un certain nombre de facteurs auxquels l'accompagnant lui-même n'est pas totalement étranger.


Tous ceux qui exercent une activité centrée sur l'autre devraient être conscients de l'influence qu'ils peuvent avoir. Celle-ci peut vous aider ou vous nuire en fonction des intentions, conscientes ou pas, de la personne à qui vous donnez votre confiance.


Sans vouloir vous apeurer, il me paraît essentiel de vous éclairer sur ce sujet.

Même pour les professionnels qui ont les meilleures intentions du monde (l'immense majorité, j'espère), il n'est pas rare de tomber dans un travers fâcheux qui consiste en la projection des désirs personnels sur le client lui-même.

Dans le jargon professionnel, cela s'appelle la furor curandis.

Il s'agit du désir immodéré de soigner qui va même au-delà de ce que le client souhaiterait.

Là encore, tout n'est qu'affaire de nuances. Car s'il est normal qu'un professionnel, dans son rôle de guide, cherche à vous permettre de dépasser vos propres croyances, tout acharnement de sa part est à proscrire.

Interdit donc d'insister, tant sur les directions à suivre (il ne peut que proposer), que sur l'insistance à poursuivre un chemin que le client n'a plus le désir d'explorer.


Ces d'attitudes, lorsqu'elles existent, répondent bien souvent à une non-résolution des propres projections du thérapeute. Cela peut être motivé par un désir de se réaliser à travers les “réussites” du client, ou bien par un désir de se voir lui-même comme le sauveur de toute personne ou situation.


Or l'amour propre du guide n'a pas à se substituer au bien-être du client … sous aucun prétexte.

Ou dit d'une manière qui me tient plus à cœur, il n'est pas admissible que l'ego du guide vienne saper le bien-être du client.



“Il arrive que le médecin, pour guérir la maladie, tue le malade.”

Francis Bacon.



N'ayez crainte : vous sentirez rapidement vers quel genre de pente vous mène le professionnel. Le doute, la peur, la douleur, sont des ressentis fréquents et tout à fait classiques dans ces processus de changement. La remise en question et l'échange d'arguments sont des phénomènes utiles au sein de ces démarches. Ce qui n'est ni utile, ni souhaitable, c'est le malaise qu'il pourrait provoquer …

La sensation d'un trouble, d'un bras de fer constant ou d'une démonstration de force …

L'impression qu'on vous vole votre espace, votre voix, votre pouvoir de décision final …

Le sentiment qu'au final, vous n'êtes ni libre, ni totalement maître de vous-même …



“Un être humain est libre, non quand l'autre ne l'est pas, mais quand l'autre l'est aussi.”

Elie Wiesel.


“Si la cause est bonne, c’est de la persévérance. Si elle est mauvaise, c’est de l’obstination.”

Laurence Sterne.



3 - OÙ ME TOURNER ? VERS QUOI ? VERS QUI ?


Quels sont les critères qui doivent motiver mon choix ?

Nombreux sont ceux qui, désireux d'entamer une démarche pour eux-mêmes, ne savent “à quel saint se vouer”. L'offre est multiple en plus d'être infinie. Cependant, un minimum de confiance est nécessaire.

Même s'il est normal de douter au début, vous verrez, d'une part, que le hasard fait souvent bien les choses et, d'autre part, que vous octroierez très rapidement et naturellement votre confiance à celui qui sait la mériter.

Si la formation, l'orientation, … et tout ce que la personne choisie peut mettre en avant pour se faire connaître sont les premiers éléments dont vous disposez pour arrêter un choix, c'est la suite des évènements qui vous donnera, ou non, raison. Car il s'agit d'une relation avant tout ; et comme toute relation, elle se base (presque) essentiellement sur des critères éminemment humains.

En tout état de cause, et à mode de récapitulation, voici des critères susceptibles de vous orienter :



Le rôle de l'accompagnant … ou ce que vous êtes en droit d'en attendre ?

Premier point : À tout moment, face à quiconque et dans n'importe quelle situation, vous avez le plein pouvoir sur vous et votre vie. Rien ne vous empêche de mettre un terme à une relation d'aide dans laquelle vous ne vous sentez pas à l'aise. À tout moment, votre liberté doit être le maître-mot.


“Sauvons la liberté. La liberté sauve le reste.”

Victor Hugo.



Deuxième point : Le silence …

L'espace dans lequel vous choisissez de vous faire accompagner est le vôtre. Ce qui veut dire qu'au sein de la relation qui s'installe, les échanges doivent toujours vous laisser l'impression de vous être totalement exprimé(e) ; d'y avoir totalement trouvé votre place.

Un guide n'est pas là pour vous convaincre de quoi que ce soit. Son rôle est simplement de vous orienter au mieux de vos intérêts, à partir de ce que vous dites et de ce que vous êtes …

En respectant des temps de silence, c'est votre parole que votre guide vous invite à faire naître.

Et c'est dans le silence que ce dernier sera dans sa meilleure capacité d'écoute.

Dans le pays où je réside, il est dit que “La parole perd souvent ce que le silence a gagné.”


“Communiquer suppose aussi des silences, non pour se taire, mais pour laisser un espace à la rencontre des mots.”

Jacques Salomé.



Troisième point : L'empathie …

Empathie … Sympathie …

Du point de vue de la compréhension que nous avons de ces termes, il est facile de les confondre.

Le premier concerne la capacité de ressentir et comprendre les sentiments et émotions qu'un autre peut éprouver dans une situation déterminée.

Le second terme est plus vaste car il signifie le penchant spontané et chaleureux éprouvé vis à vis d'une personne, mais fait aussi référence à la participation aux sentiments et émotions d'un autre.

Un accompagnant ne peut être dépourvu d'empathie sans faire défaut à l'essence même de sa fonction ; alors que la sympathie n'est pas obligatoire, voire déconseillée lorsqu'elle se réfère à la participation aux émotions d'autrui.

Ainsi, il est facile également de confondre ces deux concepts dans la pratique, et pas seulement sur le plan étymologique.

Est-il risqué d'éprouver de la sympathie pour un client ?

Oui et non …

Réponse de normand qui doit être argumentée.

En réalité, cela ne se commande pas et je passe ma vie à éprouver de tels sentiments …

La sympathie en tant que bienveillance et chaleur est vivement recommandée. Par contre, celle qui incite à la participation émotionnelle aux ressentis d'autrui est à proscrire … Ce qui n'interdit pas d'en éprouver intimement le désir … Désir à garder pour soi, et à réfréner face à l'autre.

Pourquoi ?


Une personne que je vois habituellement m'annonce, lors d'une séance, qu'elle vient de perdre sa mère. Et comme nous devons nous y attendre, elle est bouleversée.


Empathie : “Je sais ce qu'éprouve cette personne. J'ai moi-même vécu ce drame et je connais l'orage émotionnel qui peut éclater dans l'esprit. Je mets à sa disposition l'écoute, la présence et les mots qui pourront l'aider … tout simplement parce que ce sont ceux qui m'auraient aidé moi-même au moment où cela m'est arrivé.”


Sympathie en tant que partage émotionnel : “La personne, et pas seulement la situation qu'elle traverse, me touche profondément. Cela me bouleverse également. Je n'ai qu'une envie : la prendre dans mes bras et partager son désespoir en m'abandonnant à pleurer avec elle.”


Pensez-vous que cela serait adéquat ?

Rien ne m'interdit d'en éprouver l'impulsion. Mais rien ne m'autorise à donner libre cours à mes désirs pour une simple raison : cela n'aiderait en rien la personne … bien au contraire.


Je ne compte plus les fois où, après la séance, je me suis retrouvé, seul dans mon bureau, à pleurer comme si ce qui venait d'être dit en session me concernait personnellement. Mais jamais je ne me suis permis de m'abandonner à cela pendant les séances, au prix, parfois, d'un effort surhumain.


C'est sans doute cela qui confère parfois à certains accompagnants une apparente froideur.

Il convient de maîtriser le subtil équilibre entre la sympathie qui montre de la bienveillance (toujours bienvenue) et celle qui ne devrait jamais dépasser les limites de la neutralité.


En effet, que penseriez-vous d'un professionnel qui, en pareil cas, se laisserait aller à un désespoir aussi profond que le vôtre ? Qui vous prendrait dans les bras et se mettrait à sangloter avec vous.

Sans nous arrêter à des situations aussi profondes qu'un deuil ou qu'une perte, ces aspects peuvent être transférés à n'importe quel contexte de vie ou ressenti.


Un accompagnant doit être fort face à vous pour être rassurant, responsabilisant, et vous offrir un recul nécessaire et sécurisant. Pleurer avec vous reviendrait à vous voler l'entièreté de ce que vous avez à vivre, sous prétexte de vous en soulager. Même si l'intention semble altruiste, elle ne peut être responsabilisante. Cela reviendrait à diluer la force de quelque chose qui vous appartient et que vous devez élaborer, avec ou sans aide. Au fond, ce serait vous affaiblir croyant vous renforcer.

Voilà pourquoi quelqu'un d'extérieur ne peut ni ne doit pleurer avec vous …

Même si, devant se contenir devant vous, il en paie le prix intérieurement.


“C'est seulement dans l'effacement de soi que l'on peut, par empathie, percevoir la réalité de l'autre.”

Jean-Pierre Otte.



Quatrième point : La vérité …

Le rôle de l'accompagnant a ceci de délicat que, si toute vérité est bonne à dire, elle n'est pas forcément agréable à entendre.

En choisissant de vous faire aider, vous assumez la possibilité d'un changement de vision sur vous, les autres et le monde. C'est à ce prix que certains progrès sont possibles.

Néanmoins, il y a un moment pour tout, et certaines vérités doivent être proposées, plutôt sous forme suggérée qu'affirmée, à des moments précis.


Encore un équilibre délicat …

Celui qu'il faut trouver entre un confort stérile et un inconfort fertile.

Nous, qui exerçons ces métiers de l'accompagnement, ne sommes pas toujours très populaires.

Toujours une question d'intention :

Il en est qui sont des plus louables derrière des apparences d'âpreté …

Et d'autres qui sont abjectes en dépit de leur apparente angélité.

En dépit de tout, la vérité est toujours la meilleure solution …

Le tout est de savoir bousculer le fond sans trop altérer les formes … et de savoir quand !

Il est des cas où la marge entre ce qu'il faut dire et ce qui sera violemment rejeté est aussi fine qu'un cheveu.


Il y a quelques années, une cliente m'avait sollicité parce que, en situation de divorce, le mari peu scrupuleux concédait tout à leur fille adolescente lorsqu'il la recevait le week-end. Lui-même très sévère avant le divorce, avait choisi d'accaparer l'adolescente pour ôter tout pouvoir et tout avantage à la mère. C'est malheureusement ainsi que, trop fréquemment, les parents en rupture se font du mal par enfants interposés. Résultat attendu : la fille en mal de liberté se permettait de plus en plus d'écarts ; chose que sa mère ne pouvait tolérer, la voyant partir à la dérive. Sorties jusqu'à plus d'heures, chute dramatique des résultats scolaires et soupçon d'usage de substances … Se sentant pieds et poings liés chez sa mère qui en avait la garde habituelle, la jeune fille allait trouver chez le père le havre de liberté nouvelle absolue que la mère lui refusait … que son père s'empressait de lui offrir.

Cadeau empoisonné fait à une adolescente, pour le propre bénéfice d'un ex-mari vengeur et d'un père immature.

Une torture pour la mère dont la seule défense consistait à renforcer une autorité qu'elle sentait lui glisser entre les doigts et … qui ne faisait que renforcer le problème.


Comme toujours dans ces cas-là, la défense chez la mère étant extrêmement sensible, elle n'offrait qu'une tolérance minime, voire inexistante, à la remise en question. Il arrive que la marge de manœuvre soit nulle. “Si je lâche prise sur l'éducation de ma fille, je la perds définitivement.”

Dilemme absolu pour l'accompagnant :


Ou bien je ne touche pas à la défense afin de préserver le confort du client, ou j'y touche le plus gentiment possible sachant qu'alors mon action n'aura pas d'effets. La culpabilité d'avoir à encaisser des honoraires à rallonge pour un processus dont je retarde indéfiniment le dénouement m'est intolérable.

Dans ce cas, le mieux est de renoncer à suivre le client en avouant sa propre incapacité, par pure honnêteté.


Ou alors, je choisis de toucher à une défense dont je sais que la moindre pichenette provoquera une tempête. Mais sachant également que c'est la seule chance offerte au client de changer une solution douloureuse et en apparence insoluble au départ … mais salvatrice à la fin.


Choisissant la deuxième solution, et malgré tout le tact dont j'ai pu être capable, je m'entends dire : … “Vous êtes odieux !”


Effectivement, je fus odieux dans sa perception de la forme que j'y ai mis, malgré l'immense amour que j'y ai investi dans le fond.

Cette dame avait atteint un tel niveau de résistance au changement, qu'il lui était devenu impossible d'avancer sans provoquer un séisme à un moment donné.

Sans cela, l'inertie dans laquelle elle voulait s'installer par peur des conséquences qu'elle s'imaginait, ne lui aurait jamais permis de sortir de l'ornière.

Après un claquement de porte en règle, je restai secoué et … trois semaines sans la voir.

Puis un coup de fil … Un rendez-vous …

Et après une dizaine de séances, une fille qui lui revient tout naturellement, plus aimante que jamais. Avec à la clé, la construction d'une complicité mère-fille dont elle n'avait osé rêver.

Au terme de quatorze séances, mon plus grand cadeau fut de recevoir les remerciements les plus effusifs, chaleureux, larmoyants de mon expérience d'accompagnant.


Au fond, vous comprenez bien que notre rôle n'est pas d'offrir une illusion en remplacement d'une autre. Et au-delà des formes, parfois abruptes, qu'il nous faut employer, le client ne peut jamais douter totalement de l'intention d'amour qui les sous-tend.


Dans le cas contraire, vous le sauriez très vite …



“Nulle pierre ne peut être polie sans friction, nul homme ne peut parfaire son expérience sans épreuve.”

Confucius



Enfin : Intégrité et honnêteté …

Rien à dire à ce sujet que vous ne sachiez déjà.



“L'intégrité, c'est de ne pas se mentir à soi-même ; l'honnêteté, c'est de dire la vérité à l'autre.”

Spencer Johnson.



La relation idéale

Tout processus centré sur la guidance, le conseil, le mieux-être de celui qui en exprime le besoin est tourné sur un seul et même objectif global : permettre de modifier le point de vue que le demandant porte sur son propre moi … dans des directions et à des degrés dont la volonté ne doit jamais échapper au client. Le rôle de tout accompagnant doit être de se limiter à guider de son mieux le client dans ses attentes. Cela n'empêche pas de montrer les voies de garage dans lesquelles celui-ci peut se fourvoyer ainsi que les alternatives possibles. Il n'est pas dénué d'éthique de l'inviter à explorer des zones méconnues. Rien n'interdit de lui signaler nos intuitions au sujet de ses capacités à aller bien plus loin que les limites qu'il imagine … mais il n'est pas acceptable de substituer ses propres désirs à ceux de la personne aidée sous prétexte que nous le faisons pour son bien … en refusant de croire que nous cherchons surtout à nous rassurer sur notre valeur de thérapeute.


La relation idéale repose donc essentiellement sur “l'idéalité” du guide.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que la notion d'idéal appliquée au client ne se pose jamais. Chacun d'entre eux est idéal en soi.

Quelle en est la raison ?

Elle est très simple : toute personne qui entre dans le champ d'action d'un professionnel est une occasion unique pour ce dernier d'apprendre sur lui-même.

Le client apprend … mais il n'est pas le seul …

Penser que l'accompagnant est supérieur au client constitue une fausse croyance en puissance.

Dans les faits, la relation est beaucoup plus horizontale que ce que beaucoup d'aidants acceptent d'admettre. Il s'agit bien, et avant tout, d'un rapport d'égalité.


Les clients potentiels que vous êtes, ou que vous deviendrez peut-être, devraient le voir ainsi.

Mais aussi les coachs, thérapeutes, accompagnants, quelle que soit leur formation, leur orientation. Ces métiers reposent d'ailleurs beaucoup plus sur les valeurs personnelles que sur le corpus théorique sur lequel ils fondent leur pratique.

Or, cette vision des choses n'est pas systématique chez les pros … et je parle par expérience du milieu.

Pour certains, le rejet de cette conception égalitaire sert un orgueil mal placé qui, tôt ou tard, finit par nuire à l'objectif de la relation … qui se doit forcément d'être utile aux deux parties.


À la fin, chacun des deux est le thérapeute de l'autre. Et chaque client qui vient pour sa propre évolution, donnera à son guide une occasion unique d'évoluer à son tour.



“Une authentique communication est un échange qui considère l'interlocuteur comme un égal en tant qu'être humain, libre et respectable, différent de soi, certes, mais complémentaire.”

Jean-Yves Fournier.



Autres perspectives …

Celui ou celle qui vous guide est une personne qui est passée par le même chemin que vous …

Bien souvent, et c'est ce qui est à souhaiter, elle s'est également confrontée aux affres d'un processus d'évolution personnelle plus ou moins long, selon les cas, et cela, en marge de sa formation.

La voici donc sur le même chemin que vous, même si elle s'y trouve peut-être un peu plus en avant. … Elle fera pour vous ce qu'elle sait être le meilleur pour vous.

Simplement parce que, avec le recul de sa propre expérience, elle sait ce qui a été le mieux pour elle-même. Et c'est exactement ce qu'elle veut pour vous … voire plus.



“Un médecin consciencieux doit mourir avec le malade s'ils ne peuvent pas guérir ensemble.”

Eugène Ionesco.



Je vous remercie de me lire.

J'espère que ce texte vous aura été utile d'une manière ou d'une autre.

Peut-être vous aidera-t-il à prendre une décision si vous hésitez à le faire.

À moins que vous n'ayez trouvé ici qu'une façon d'assouvir une certaine curiosité.

Quoi qu'il en soit, tout est très bien …

Et je vous dis à très bientôt, pour d'autres mots …



Un dernier clin d'œil pour aujourd'hui …


Dans “Une femme sans importance”, Oscar Wilde écrivait :


“Le monde a été fait par les fous pour que les sages y vivent.”


Je m'inspire de lui pour vous dire que :


“Le monde a été fait par ceux qui se croient fou pour que ceux qui se croient sage puissent apprendre ...”



Juan Manuel Salido Pena

Vilagarcía de Arousa (Espagne)

Le 26 novembre 2019

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